mercredi 31 décembre 2025

A comme ... Amélineau

 


Egyptologue français

 

            Passionné notamment par les langues anciennes, Emile Amélineau (1850-1915) intègre l’Ecole pratique des hautes études, où il suit une formation en égyptologie (notamment avec Gaston Maspéro comme professeur). Tout en étant prêtre, il devient spécialiste du copte et se rend une première fois en Egypte en 1883. Après avoir quitté les ordres, Amélineau devient enseignant à l’E.P.H.E. et publie plusieurs ouvrages qui sont à la fois fortement salués et critiqués (notamment pour leur style).

            En 1895, intéressé par l’origine de la religion égyptienne, il commence des fouilles à Abydos, notamment à Oumm el-Qa’ab qui vont devenir polémique, certains lui reprochant ses méthodes destructrices, d’autres sa naïveté, d’autres enfin l’interprétation de ses découvertes ; ses contemporains Jacques de Morgan et Flinders Petrie sont parmi les plus critiques.

            Amélineau devient ainsi un pionnier de l’étude des périodes les plus anciennes de l’Egypte pharaonique et de sa préhistoire. Il découvre en particulier plusieurs tombes royales des 1ère et 2e dynastie, de Narmer à Khasekhemouy en passant par le « roi serpent », et fait fouiller ce qui est devenu le « cimetière U », suggérant l’existence de souverains antérieurs au mythique Ménès.

            Le réexamen de ses travaux et la remise en contexte de ses analyses permet aujourd’hui de relativiser les critiques et de mettre en valeur les apports d’Emile Amélineau : « Il n’est ni un pilleur de sites, ni un destructeur sauvage d’objets, mais plutôt un savant un peu maladroit qui se trouvait au mauvais endroit à un mauvais moment de l’Histoire. Les collections françaises sui sont cependant redevables aujourd’hui de conserver un exceptionnel et rare témoignage du mobilier funéraire des pharaons des premières dynasties » (Marc Etienne, Archéo-Nil n°17, 2007)

 

samedi 20 décembre 2025

A comme ... Adaptation nilotique

 

Pratique culturelle du début du Néolithique propre à la vallée du Nil

 

            Pendant huit millénaires, à partir de 14 000 environ, l’Egypte est à part dans les évolutions que connaissent toutes ses régions voisines.

            Au moment où la sécheresse gagne le quart nord-est de l’Afrique, les populations locales adoptent un mode de vie consistant à utiliser les ressources offertes par le Nil et ses variations (pêche, chasse et cueillette) ; ainsi elles ne souffrent jamais véritablement de manques, sauf en cas de crue insuffisante.

            « C’est ainsi que l’économie de prédation et de ponction évolua lentement vers une économie de gestion. […] L’Adaptation nilotique est donc une économie de ponction rationalisée, car pratiquée sur un espace restreint ne permettant plus le nomadisme de la période précédente » (B. Lugan). De l’eau du Nil « les premiers chasseurs ont tiré leur subsistance, jouissant des trésors offerts sans compter à ces poignées d’humains encore trop peu nombreux pour les épuiser tous. Mais, soumis aux fluctuations climatiques, ils connurent aussi les angoisses des paradis perdus… » (B. Midant-Reynes)

            Cette « Adaptation nilotique » expliquerait le retard pris par la région de la vallée du Nil en ce qui concerne la domestication des animaux et la mise en place de l’agriculture (néolithisation, appelée aussi parfois « révolution néolithique »), surtout si on la compare au Proche-Orient ou à la Mésopotamie. Il faut y ajouter la phase du « Nil sauvage » (vers 11 000, avec des épisodes réguliers pendant les millénaires suivants), marquée par d’énormes crues dévastatrices.

 

dimanche 14 décembre 2025

P comme ... Petriefication

 Concept qui critique l’importance accordée à la chronologie relative de Flinders Petrie

 

            « Le temps n’est-il pas venu d’élaborer pour le Prédynastique une chronologie compréhensible ? Et si l’on faisait table rase du passé ? » (B. Midant-Reynes, Archéo-Nil, « Conclusion : une chronologie renouvelée », 2011).

            Un brin  provocatrice, Béatrix Midant-Reynes évoque la remise en cause actuelle du modèle chronologique élaboré il y a 130 ans environ par William Flinders Petrie et qui, malgré des révisions, continue de dominer la vision de la chronologie relative du Prédynastique. Elle reprend le souhait d’E. Köhler en introduction du même numéro :  « avoir le courage de changer, et de changer radicalement ».

« Pour se convaincre du rôle fondamental des travaux de Petrie, il suffit de rappeler que le terme ‘Petriefiableʼ renvoie à une notion de sériation idéale » (N. Buchez). Or, de nombreux spécialistes du Prédynastique ont critiqué le schéma fixé par le Britannique autour de 1900, certains en adaptant et en modernisant ses catégories (par exemple Kaiser ou Hendrickx), d’autres évoquant sa non-efficience lorsqu’il s’agit d’étudier le delta ou certaines zones périphériques hors de la vallée du Nil. La référence à Nagada ou sa division en trois phases sont-elles toujours pertinentes ? Le travail sur les seuls cimetières permet-il d’embrasser toutes les évolutions ? « Il apparaît que la chronologie de l’Egypte prédynastique est engluée depuis ses origines dans une sorte de ʽPetrieficationʼ, qu’elle déplore mais dont elle semble ne pas pouvoir se sortir » (B. Midant-Reynes).

            W. Petrie incarnerait ainsi – malgré lui – une sorte de statue du commandeur difficile mais peut-être indispensable à déboulonner pour pouvoir avancer dans la vision chronologique du Prédynastique et de la transition vers l’Egypte pharaonique.

 

vendredi 5 décembre 2025

P comme ... Petrie

 


Egyptologue britannique, « inventeur du prédynastique »

 

            William Flinders Petrie (1853-1942) se rend en Egypte pour la première fois en 1880, où il travaille notamment à Gizeh. Par la suite, il mène plusieurs campagnes de fouilles, du nord au sud : Tanis, Dahchour, Meïdoum, Amarna, Assouan, etc. Il met en place des méthodes beaucoup plus « modernes » que celles qui étaient pratiquées jusque-là.

            L’année 1892 marque un tournant dans sa carrière jusque-là souvent erratique : Petrie devient professeur de la toute nouvelle chaire d’égyptologie à l’University College de Londres, dont le financement est en grande partie lié à Amelia Edwards. Il aura dorénavant les moyens financiers de ses ambitions. 



            A travers ses fouilles à Coptos, Petrie s’intéresse notamment aux origines de l’Egypte pharaonique ; il propose une théorie « raciale » selon laquelle les Egyptiens pharaoniques seraient venus du Proche-Orient ou de la Mer Rouge ; la civilisation égyptienne aurait donc une origine extérieure. 

            Face à Coptos, Petrie découvre (avec J. E. Quibell) les sites de Nagada et Ballas en 1894, où il trouve dans les tombes des éléments qui ne ressemblent en rien à ce qui était considéré comme typiquement égyptien ; ceci le conforte dans sa thèse d’une « new race » qui aurait conquis la région et n’aurait rien à voir avec la civilisation pharaonique classique. Cependant, progressivement, il se rallie à la thèse des archéologues qui voient dans cette « civilisation » l’ancêtre de celle des pharaons (par exemple Jacques de Morgan): il s’agit donc bien de sites qui étaient peuplées par une population préhistorique déjà présente depuis longtemps sur le territoire…



            Ses recherches suivantes sur le sujet, qui ne reprennent qu’en 1899, confirment qu’il ne faut rien chercher du côté d’une invasion étrangère, et il décide alors d’élaborer la chronologie relative de la préhistoire égyptienne en fonction du style des poteries découvertes (« Sequence Dates »). En parallèle, aux côtés de son épouse Hilda, il mène de grandes fouilles à Abydos et découvre les tombes des premiers pharaons, puis poursuit son œuvre très intense dans divers sites du delta et du Fayoum mais aussi près de Gizeh à nouveau.

            

    La fin de sa vie après 1924 est consacrée à des fouilles en Palestine, où il meurt de la malaria. William Flinders Petrie laisse derrière lui un fonds immense de documents, qui nécessitera des dizaines d’années avant d’être totalement inventorié et publié.

 





Source principale : Béatrix Midant-Reynes, « Flinders Petrie (1853-1942). L’inventeur du prédynastique », Archéo-Nil n°17, 2007

 

jeudi 27 novembre 2025

S comme ... Serekh

 


Signe devenu hiéroglyphe indiquant un des noms des souverains égyptiens

 

            A partir de la fin du Prédynastique, le serekh est utilisé pour indiquer les noms royaux. En effet, l’élément le plus ancien de la titulature des souverains (qui comprenait cinq noms à l’époque classique) est le « nom d’Horus » : le serekh représente sans doute la façade stylisée du palais royal et il est le plus souvent surmonté d’un faucon, image du dieu Horus (plus rarement par le dieu Seth). Il pourrait s’agir d’une protection symbolique, comme plus tard le sera aussi le cartouche.

 



            De nombreux serekhs anonymes ont été découverts, que ce soit sur des jarres ou des rochers (Nagada IIIA), avant que les personnages les plus puissants se les approprient et fassent graver leur nom, afin d’être clairement identifiés comme supérieurs (« dynastie 0 » et premières dynasties traditionnelles). Stan Hendrickx propose quant à lui une interprétation qui verrait le serekh symboliser l’autorité en général avant de représenter l’autorité précise d’un souverain : « le serekh permettrait donc d’observer le passage de la représentation du concept de pouvoir, en tant qu’idée transcendante, à la représentation du roi en tant qu’individu particulier. » (Julie Villaeys, 2021, « Graver des serekh : pratiques de définition du pouvoir et de la royauté », Valcamonica Symposium, Capo di Ponte)

 

 

            A noter que l’égyptologue Alan Gardiner a classé le serekh sous le code O33 dans sa liste des signes hiéroglyphiques, la section O comprenant les bâtiments et parties de bâtiments.

 


 

 


 

Article de Julie Villaeys Le Galic :

https://www.ccsp.it/web/SITOVCS2021/papers/Villaeys.pdf

 

E comme ... Expansion nagadienne

  

Concept, aujourd’hui fortement discuté, explicatif de l’unification égyptienne

 

            A partir des années 1960, des archéologues, en particulier W. Kaiser, émettent l’hypothèse que l’unification égyptienne ne résulte pas d’un conflit armé entre le Sud (finalement victorieux) et le Nord, contrairement à ce que les premiers préhistoriens de l’Egypte affirmaient. Ils évoquent à la place un phénomène de « conquête culturelle », avec une diffusion de la culture nagadienne sur l’ensemble de la vallée du Nil égyptienne (et nubienne). L’absence quasi-totale de connaissances sur la situation du delta à l’époque prédynastique explique en partie cette théorie : on ne connaît dans les années 1960/70 presqu’aucun site archéologique en Basse-Egypte pouvant contredire l’hypothèse. C’est pourquoi on imagine mal une population peu structurée résister à celles bien plus organisées autour d’Abydos ou Hiérakonpolis.

            La situation évolue lorsque les fouilles archéologiques se multiplient depuis les années 1990/2000 dans la région du Caire et dans le delta, sous la menace de l’urbanisation qui les rend encore plus nécessaires et urgentes. Ceci ajouté à l’absence d’homogénéité culturelle constatée en Moyenne et Haute-Egypte amène certains chercheurs à proposer d’autres hypothèses, qui remettent en cause « l’expansion nagadienne ». E. Köhler nie l’existence de cette expansion et défend l’idée que chaque centre s’est développé selon des modalités liées à son environnement particulier, en contact avec les autres mais sans forcément qu’une influence soit constatée. La compétition entre les élites de ces centres aboutit progressivement à une unification politique et culturelle.

            On a tendance actuellement à évoquer davantage un phénomène d’acculturation, en s’appuyant toujours plus sur les fouilles du delta (Kom el-Khilgan, Tell el-Iswid, etc.) et leur comparaison avec les sites de Moyenne et de Haute-Egypte. A propos de la diffusion d’objets nagadiens dans les tombes autour du Fayoum, Nathalie Buchez et Béatrix Midant-Reynes évoquent plutôt des « dynamiques culturelles » plutôt qu’une expansion, qui évoque elle davantage des mouvements de population. On peut y voir la volonté d’imitation ou l’adoption de « modes » sans qu’elles soient imposées ou qu’elles remplacent les cultures locales.

            Le phénomène d’acculturation se serait déroulé progressivement : d’abord des échanges économiques, avec des élites nordistes imitant leurs semblables du Sud ; des mouvements de population ensuite, notamment d’artisans spécialisés ; enfin une adoption par le Nord des principaux traits culturels du Sud. La violence visible sur de nombreux documents, réelle ou symbolique, aurait alors accompagné cette phase, et permis une prise de contrôle politique et une assimilation complète, à la fois « désirée » et « forcée » (N. Buchez).

           

dimanche 23 novembre 2025

N comme ... Nabta Playa


Site préhistorique de Basse-Nubie
 



 

            Nabta Playa est un site datant du Néolithique qui comprend des habitations et – surtout – un cercle de pierres qui a fait sa renommée. Il est situé à une centaine de kilomètres à l’ouest de la vallée du Nil (aujourd’hui du lac Nasser), dans une dépression du désert de Nubie.

           

Le site est découvert en 1973 par les archéologues américain et polonais Fred Wendorf (1924-2015) et Romuald Schild (1936-2021), qui l’étudient ensuite pendant plusieurs campagnes de fouilles.

            Ils découvrent notamment pour Nabta Playa « ancien » (9 000 – 7 000) des silos à sorgho, même si l’activité de chasse-cueillette reste prédominante pendant cette phase marquée par un optimum climatique. Un débat non clos entre archéologues concerne la domestication des bovins, que certains indices suggèrent.

            La situation change avec la désertification accrue au début du VIe millénaire : Nabta Playa « récent » se centre sur l’élevage et des puits sont creusés, le nomadisme devenant donc une activité secondaire. On voit apparaître progressivement des sépultures de bœufs, qui montrent aussi les distinctions sociales nouvelles.

            En revanche, même si des hypothèses ont été formulées quant à l’apport des techniques agricoles, rien ne montre clairement des liens entre la zone de Nabta Playa et la vallée du Nil à cette époque.

           

En ce qui concerne les alignements mégalithiques, ils auraient peut-être servi à prévoir la saison des pluies, vitale pour la population ; cependant, leur vocation purement astronomique n’est pas à négliger compte tenu de leur alignement sur certaines étoiles, dont Sirius. Leur rôle religieux reste débattu.

           

En 2008, face aux menaces d’un tourisme « sauvage » à vocation surtout ésotérique, le cercle de pierres est transporté vers le musée de la Nubie à Assouan ; une réplique est construite sur le site. Supervisé par Romuald Schild, le déplacement du monument s’accompagne d’une nouvelle étude approfondie des pierres.