Concept,
aujourd’hui fortement discuté, explicatif de l’unification égyptienne
A partir des années 1960, des
archéologues, en particulier W. Kaiser, émettent l’hypothèse que l’unification
égyptienne ne résulte pas d’un conflit armé entre le Sud (finalement
victorieux) et le Nord, contrairement à ce que les premiers préhistoriens de
l’Egypte affirmaient. Ils évoquent à la place un phénomène de « conquête
culturelle », avec une diffusion de la culture nagadienne sur l’ensemble
de la vallée du Nil égyptienne (et nubienne). L’absence quasi-totale de
connaissances sur la situation du delta à l’époque prédynastique explique en
partie cette théorie : on ne connaît dans les années 1960/70 presqu’aucun
site archéologique en Basse-Egypte pouvant contredire l’hypothèse. C’est
pourquoi on imagine mal une population peu structurée résister à celles bien
plus organisées autour d’Abydos ou Hiérakonpolis.
La situation évolue lorsque les
fouilles archéologiques se multiplient depuis les années 1990/2000 dans la
région du Caire et dans le delta, sous la menace de l’urbanisation qui les rend
encore plus nécessaires et urgentes. Ceci ajouté à l’absence d’homogénéité
culturelle constatée en Moyenne et Haute-Egypte amène certains chercheurs à
proposer d’autres hypothèses, qui remettent en cause « l’expansion
nagadienne ». E. Köhler nie l’existence de cette expansion et défend
l’idée que chaque centre s’est développé selon des modalités liées à son
environnement particulier, en contact avec les autres mais sans forcément
qu’une influence soit constatée. La compétition entre les élites de ces centres
aboutit progressivement à une unification politique et culturelle.
On a tendance actuellement à évoquer
davantage un phénomène d’acculturation, en s’appuyant toujours plus sur les
fouilles du delta (Kom el-Khilgan, Tell el-Iswid, etc.) et leur comparaison
avec les sites de Moyenne et de Haute-Egypte. A propos de la diffusion d’objets
nagadiens dans les tombes autour du Fayoum, Nathalie Buchez et Béatrix
Midant-Reynes évoquent plutôt des « dynamiques culturelles »
plutôt qu’une expansion, qui évoque elle davantage des mouvements de
population. On peut y voir la volonté d’imitation ou l’adoption de
« modes » sans qu’elles soient imposées ou qu’elles remplacent les
cultures locales.
Le phénomène d’acculturation se
serait déroulé progressivement : d’abord des échanges économiques, avec
des élites nordistes imitant leurs semblables du Sud ; des mouvements de
population ensuite, notamment d’artisans spécialisés ; enfin une adoption
par le Nord des principaux traits culturels du Sud. La violence visible sur de
nombreux documents, réelle ou symbolique, aurait alors accompagné cette phase,
et permis une prise de contrôle politique et une assimilation complète, à la
fois « désirée » et « forcée » (N. Buchez).
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire