samedi 25 avril 2026

C comme ... Colosses de Coptos

 


Statues monumentales

 

En janvier 1894, Flinders Petrie découvre les restes de trois statues dans le temple de Coptos. Leur taille est imposante : entières, elles mesuraient peut-être près de 4 mètres, pour un poids d’environ 2 tonnes. Elles ont été datées d’environ 3 300 (transition Naqada II – III) ; ce sont les plus anciens des grands objets sculptés de l’Egypte.




Les « colosses de Coptos » représentent un personnage masculin nu, tenant son sexe en érection : c’est une iconographie associée au dieu Min de la période pharaonique, symbole de la virilité et de la fertilité (des signes liés à Min sont d’ailleurs gravés sur deux des statues). Cependant, « le Min prédynastique recrée une image de pouvoir per se, non subordonnée au symbole qui couronne l’image canonique. Par conséquent, sur la base d’une simple comparaison formelle, il convient de  conclure que le min représente par les colosses de Coptos visait à recréer un archétype d’autorité » (Lucas Baqué-Manzano).

Les statues nous indiquent la structure solide d’une communauté bien organisée et puissante autour de Coptos, carrefour commercial majeur, et désireuse de montrer cette puissance ; « il est juste de voir dans ces images prédynastiques du dieu patron de Coptos l’un des exemples les plus remarquables de l’idéologie du pouvoir loco-territorial, qui s’est probablement concrétisé dès le début de Nagada II. De même, grâce aux colosses de Min, nous disposons d’une preuve irréfutable des syncrétismes qui se manifestent dès les premières périodes de l’histoire égyptienne, à la suite de contacts entre des populations émergentes, sédentarisées et nomades, soumises à un processus d’acculturation croissant. Et enfin, l’importance de Coptos dans le contexte économique, puisqu’il était considéré comme la porte d’entrée de l’arrière-pays désertique d’où provenaient divers biens de consommation » (Lucas Baqué-Manzano).

 

Inscriptions avec objets venus de la Mer Rouge

            Les pièces des statues se trouvent aujourd’hui à l’Ashmolean Museum (deux corps et une tête) et au musée du Caire (une paire de jambes) ; la petite histoire raconte que le British Museum les a refusés par pruderie, l’attitude des statues ne s’accordant pas avec les codes victoriens de l’époque …

 



 

Source principale : Lucas Baqué-Manzano, « Les colosses de Coptos: image préfigurant le dieu Min », Égypte, Afrique & Orient (n°109)

 

vendredi 17 avril 2026

G comme ... Gebel Ramlah

 

Site préhistorique nubien


 

            Situé dans le désert occidental, aujourd’hui à l’ouest du lac Nasser, à 20 kilomètres environ au sud-est de Nabta Playa, le Gebel Ramlah est occupé pendant tout le Néolithique. La « montagne sableuse » est une hauteur qui surplombe un ancien lac, autour duquel s’étaient installées des populations nomades à l’activité pastorale pendant la période sèche afin de profiter des avantages du point d’eau.




            Le site est découvert en 2 000 et exploré par l’archéologue polonais Michal Kobusiewicz et son équipe, qui fouillent notamment trois cimetières (nommés E-01-2, E-03-1 et E-03-2). D’autres ont découverts depuis, toujours par des équipes polonaises (université de Poznan notamment), l’un d’eux ne comprenant que des sépultures d’enfants mort-nés ou de nourrissons. Les plus anciennes sépultures ont été datées d’environ 6 500 avant notre ère, et l’ensemble permet de mieux saisir les sociétés du Néolithique final dans cette région, d’autant que les tombes ne semblent pas avoir été pillées.

 

 




Articles :

https://www.ancient-origins.net/ancient-places-africa/poignant-discovery-6500-year-old-child-mother-and-her-infant-001199

 

https://the-past.com/feature/neolithic-settlements-of-the-western-desert-proto-villages-of-stone-age-egypt/

 

samedi 11 avril 2026

T comme ... T16

 


Tombe située à Hierakonpolis

 

            La tombe n° 16 du cimetière de l’élite de Hierakonpolis (HK6) est une vaste sépulture datée de Naqada IC-IIA (vers 3 650), dans laquelle une tombe plus récente, datée de Naqada IIIA2, a été insérée, « dans ce qui apparaît plus comme une rénovation respectueuse plutôt qu’une usurpation » (R. Friedman).


            C’est une vaste et riche tombe, comme l’atteste l’archéologie malgré les pillages et réutilisations postérieures ; on y a retrouvé une grande quantité de poteries, mais aussi les plus anciens masques funéraires égyptiens.

            La particularité de la T16 est qu’elle est entourée de nombreuses tombes satellites, à la fois d’êtres humains plutôt jeunes et d’animaux : éléphant, hippopotame, auroch, babouins, vaches, chèvres, chiens, chats, etc. La plupart de ces derniers ont été nourris peu de temps avant leur mort, et soignés de leurs éventuelles blessures, parfois liées à la captivité. La présence animale peut être liée à une volonté de contrôler le « chaos » sauvage, mais aussi d’apporter la nourriture au défunt dans l’au-delà.

            L’ensemble du complexe de la tombe 16 était peut-être de 60 mètres sur 40, mais les réutilisation empêche de connaître ses limites exactes ; en effet, il a servi de lieu de rituels funéraires par la suite.

            La T16 a été découverte en 1998-1999 par Barbara Adams puis fouillée par Renée Friedman à partir de 2009.

 



samedi 4 avril 2026

V comme ... Vanhulle


 

Egyptologue belge


            Né en 1988 près de Charleroi, Dorian Vanhulle devient docteur en égyptologie de l’Université Libre de Bruxelles (2016) ; il est spécialiste de la place des bateaux dans l’Egypte prédynastique, y compris de leurs représentations.

            Depuis quelques années, Vanhulle étudie notamment les pétroglyphes prédynastiques de la région d’Assouan. Il est aussi directeur du Musée du Malgré-Tout de Treignes, en Belgique, spécialisé dans la Préhistoire.

            Dorian Vanhulle est l’auteur ou le co-auteur de nombreux articles, notamment les suivants :

- pour Koregos

- pour Archéo-Nil


 Site du Musée du Malgré-Tout : https://museedumalgretout.be/

 



vendredi 27 mars 2026

E comme ... El-Hosh

 


Site archéologique proche d’Edfou

 

            El-Hosh est un site archéologique majeur en Haute-Égypte, sur la rive ouest du Nil, à environ 30 km au sud d'Edfou. Le site inclut plusieurs petites localités comme Gebelet Jussef, Abu Tanqurah Bahari et Qibli.

Il a été étudié une première fois dans les années 1930 par l’explorateur allemand Hans Winkler, puis il est tombé dans un certain oubli. A partir de 1998, il est étudié en détail par une équipe internationale autour de Dirk Huyge. Les travaux se poursuivent après le décès de ce dernier, en 2018.




Des fouilles ont aussi révélé en 2004 une tombe intacte de la période Naqada II (vers 3 500-3 400 av. J.-C.), avec des poteries et un squelette féminin.

El-Hosh est connu pour ses milliers de pétroglyphes, dont des motifs géométriques (échelles, labyrinthes), des pièges à poissons, des figures humaines et animales (qui ressemblent un peu à celles de Lascaux). Ces pétroglyphes ont été datés d’environ 6 000 avant notre ère ; ils représentent l'activité graphique la plus ancienne connue dans la région. On ne peut pas affirmer avec certitude si le site appartient au Paléolithique tardif ou au Néolithique ancien.

            De même, les interprétations divergent : on peut y voir, avec Dirk Huyge, un lieu saisonnier qui servait d’abri lors de l’inondation, ou bien, comme Per Storemyr, une volonté pour des populations nomades de représenter les lieux alentour. Quoi qu’il en soit, et pour reprendre les mots de Dirk Huyge, il semble qu’ils aient ressenti le désir ardent d’inscrire leur environnement dans la pierre.

 



mercredi 31 décembre 2025

A comme ... Amélineau

 


Egyptologue français

 

            Passionné notamment par les langues anciennes, Emile Amélineau (1850-1915) intègre l’Ecole pratique des hautes études, où il suit une formation en égyptologie (notamment avec Gaston Maspéro comme professeur). Tout en étant prêtre, il devient spécialiste du copte et se rend une première fois en Egypte en 1883. Après avoir quitté les ordres, Amélineau devient enseignant à l’E.P.H.E. et publie plusieurs ouvrages qui sont à la fois fortement salués et critiqués (notamment pour leur style).

            En 1895, intéressé par l’origine de la religion égyptienne, il commence des fouilles à Abydos, notamment à Oumm el-Qa’ab qui vont devenir polémique, certains lui reprochant ses méthodes destructrices, d’autres sa naïveté, d’autres enfin l’interprétation de ses découvertes ; ses contemporains Jacques de Morgan et Flinders Petrie sont parmi les plus critiques.

            Amélineau devient ainsi un pionnier de l’étude des périodes les plus anciennes de l’Egypte pharaonique et de sa préhistoire. Il découvre en particulier plusieurs tombes royales des 1ère et 2e dynastie, de Narmer à Khasekhemouy en passant par le « roi serpent », et fait fouiller ce qui est devenu le « cimetière U », suggérant l’existence de souverains antérieurs au mythique Ménès.

            Le réexamen de ses travaux et la remise en contexte de ses analyses permet aujourd’hui de relativiser les critiques et de mettre en valeur les apports d’Emile Amélineau : « Il n’est ni un pilleur de sites, ni un destructeur sauvage d’objets, mais plutôt un savant un peu maladroit qui se trouvait au mauvais endroit à un mauvais moment de l’Histoire. Les collections françaises sui sont cependant redevables aujourd’hui de conserver un exceptionnel et rare témoignage du mobilier funéraire des pharaons des premières dynasties » (Marc Etienne, Archéo-Nil n°17, 2007)

 

samedi 20 décembre 2025

A comme ... Adaptation nilotique

 

Pratique culturelle du début du Néolithique propre à la vallée du Nil

 

            Pendant huit millénaires, à partir de 14 000 environ, l’Egypte est à part dans les évolutions que connaissent toutes ses régions voisines.

            Au moment où la sécheresse gagne le quart nord-est de l’Afrique, les populations locales adoptent un mode de vie consistant à utiliser les ressources offertes par le Nil et ses variations (pêche, chasse et cueillette) ; ainsi elles ne souffrent jamais véritablement de manques, sauf en cas de crue insuffisante.

            « C’est ainsi que l’économie de prédation et de ponction évolua lentement vers une économie de gestion. […] L’Adaptation nilotique est donc une économie de ponction rationalisée, car pratiquée sur un espace restreint ne permettant plus le nomadisme de la période précédente » (B. Lugan). De l’eau du Nil « les premiers chasseurs ont tiré leur subsistance, jouissant des trésors offerts sans compter à ces poignées d’humains encore trop peu nombreux pour les épuiser tous. Mais, soumis aux fluctuations climatiques, ils connurent aussi les angoisses des paradis perdus… » (B. Midant-Reynes)

            Cette « Adaptation nilotique » expliquerait le retard pris par la région de la vallée du Nil en ce qui concerne la domestication des animaux et la mise en place de l’agriculture (néolithisation, appelée aussi parfois « révolution néolithique »), surtout si on la compare au Proche-Orient ou à la Mésopotamie. Il faut y ajouter la phase du « Nil sauvage » (vers 11 000, avec des épisodes réguliers pendant les millénaires suivants), marquée par d’énormes crues dévastatrices.